Un biocarburant est un carburant produit à partir de matériaux organiques, normalement d’origine végétale. Les véhicules conventionnels peuvent rouler avec un mélange de biocarburants et de combustibles fossiles. L’éthanol est produit à partir du maïs, du blé, de la canne à sucre ou de la betterave et peut se substituer à l’essence. Le biocarburant peut se substituer au gazole et il est normalement dérivé d’huile végétale comme le colza ou l'huile de palme.
Les Etats-Unis sont les plus gros producteurs et consommateurs d’éthanol et l’UE est le plus gros producteur et consommateur de biodiesel. Le Brésil est le deuxième plus gros producteur d’éthanol, et le premier exportateur de biocarburant. D’autres pays en développement en Amérique Latine, en Afrique et en Asie investissent aussi dans la production de biocarburants.
Il semblerait qu’en augmentant la demande de terres cultivables, les biocarburants sont en train de favoriser l’expansion de l’agriculture vers des puits naturels de carbone comme les zones humides et les forêts tropicales, libérant en quantité considérable le carbone contenu dans les sols et dont la compensation nécessitera des décennies, voire dans certains cas, des siècles de production de biocarburants. Il existe des stratégies plus sures (plus respectueuses du climat) et plus rentables de réduire les émissions causées par les transports.
Les gouvernements devraient adopter en priorité les politiques qui réduisent la demande en pétrole, qui est un moyen sûr de réduire les émissions causées par les transports et la dépendance vis-à-vis du pétrole étranger. Notamment:
Oxfam est convaincu que les normes de durabilité ont un rôle à jouer, en particulier autour des questions de plantations comme les normes de travail de la main d’œuvre et les droits fonciers, mais qu'elles sont incapables d'aborder les problèmes à un macro-niveau comme l’inflation des prix alimentaires et les changements indirects de l’affectation des sols. Par conséquent Oxfam demande l’abandon des nouveaux objectifs relatifs aux biocarburants.
L’objectif d’utilisation des énergies renouvelables devrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre – l’incapacité des biocarburants à le faire, conjugués à leurs impacts négatifs sur les moyens d'existence dans les pays en développement, en font un élément inacceptable de l’objectif global des énergies renouvelables.
Les biocarburants consomment la nourriture qui serait sinon destinée à la consommation humaine et animale. En réduisant leur part de marché, les biocarburants en font une denrée rare qui provoque une hausse des prix. Le prix de la nourriture a dramatiquement augmenté ces dernières années – de 83% environ en 3 ans selon la Banque Mondiale. Le rôle des biocarburants dans cette augmentation est significative selon des experts impartiaux et crédibles – l’institut international de recherche sur les politiques alimentaires et le FMI ont estimé que les biocarburants pouvaient expliquer jusqu’à 30% de la récente inflation des prix alimentaires. Pour la Banque Mondiale, ce chiffre est encore plus élevé puisqu’elle place la barre à environ 65%.
Lorsque les politiques sur les biocarburants visent à améliorer l’accès à l’énergie pour les gens défavorisés vivant en milieu rural, les bénéfices peuvent être importants surtout pour les femmes.
La production de biocarburants peut offrir une possibilité de moyens d'existence améliorés pour les petits agriculteurs dans les pays en développement. Toutefois, dans de nombreux cas, la production des biocarburants se fait sur d’immenses plantations où les droits du travail sont bafoués, et les conditions de travail oppressives. Il y a de nombreux exemples de production de biocarburants qui ont conduit à la saisie de terrains, et à l’expulsion des petits propriétaires.
Par ailleurs, de nombreux pays en développement devant importer la majorité de leurs carburants, les biocarburants leur offrent la possibilité de remplacer leurs importations par une production intérieure. Mais l’augmentation des prix des produits de première nécessité allant de pair avec l’augmentation du prix de la production des biocarburants, il peut être difficile pour de nombreux pays de réaliser des économies en utilisant les biocarburants à la place du pétrole.
Les biocarburants ne peuvent remplacer qu’une infime fraction de la consommation de pétrole des pays riches – même si nous convertissions toutes les graines oléagineuses du monde en biodiesel, cela ne représenterait qu'environ 10% de la consommation de gazole. Les biocarburants actuels sont simplement des compléments plutôt qu’un substitut aux combustibles fossiles – et sujets à de nouveaux risques de maladies ou de mauvaises récoltes.
Des politiques moins chers et plus sûres existent pour réduire la dépendance au pétrole étranger – des politiques pour réduire la demande de carburant destiné au transport, comme la promotion de véhicules efficients, les investissements dans les transports publics et ainsi de suite peuvent réduire beaucoup plus efficacement les importations de pétrole et les émissions de carbone.
Chaque nouvelle étude fait rapidement évoluer ce que l’on sait des biocarburants, ainsi que les changements de circonstances telles que la montée en flèche de l’inflation des prix alimentaires. Beaucoup de responsables politiques n’ont pas encore assimilé ces informations. En outre, il y a de puissants intérêts en jeu dans la production des biocarburants – en particulier ceux des producteurs agricoles qui fournissent les produits de base pour la fabrication des biocarburants (maïs, colza, soya). Ces intérêts tentent de préserver les mandats et subsides existants.